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Mon premier séjour en couple à cheval en camargue : entre partage et frictions inattendues

mai 16, 2026
Couple à cheval en Camargue lors de leur premier séjour, mêlant partage et frictions inattendues

La sangle m'a cisaillé la cuisse quand j'ai posé le pied dans l'étrier, au Mas de la Fenière, près des Saintes-Maries-de-la-Mer. La crinière flamboyante du cheval vibrait dans l'air chaud, et mon compagnon me souriait déjà. Moi, je fixais ce cou immense comme s'il allait me désarçonner d'un regard.

Je n'avais jamais aimé les chevaux. J'avais aussi lu un article de l'INSERM sur les chutes et les fractures du poignet, et ça tournait dans ma tête. Pourtant j'étais là, avec 6 jours devant nous, 47 euros de supplément pour la bombe, et une vraie boule dans le ventre.

Au départ, je n’étais pas faite pour ça, et ça se voyait

Je venais avec mon quotidien de mère débordée, les courses à finir, les lessives à étendre et un budget que je surveillais ligne par ligne. Mon compagnon avait choisi ce séjour parce qu'il rêvait de Camargue Equestre depuis des mois. Moi, j'ai accepté parce que j'avais envie de lui faire plaisir, et parce que je n'osais pas dire non à quelque chose qui me sortait autant de ma routine.

Dès notre arrivée, l'air sentait le sel, la poussière chaude et le cheval mouillé. Le mas était simple, avec des seaux posés contre le mur, une barrière qui grinçait, et des mouches qui revenaient sur mes bras dès que je m'arrêtais. La crinière du cheval me paraissait énorme, presque trop lourde pour ma main, et la boue sèche sur ses sabots me donnait l'impression d'entrer dans un monde que je ne maîtrisais pas.

Avant ce séjour, je pensais surtout aux chutes. Une amie m'avait parlé d'un poignet cassé après un refus, et ça m'avait marquée. L'article de l'INSERM, lu la veille, parlait aussi de traumatismes à la tête et aux épaules, ce qui m'a rendue encore plus prudente. Je ne savais pas que ma vraie peur serait ma crispation.

J'ai aimé la lumière, l'accueil du lieu et le silence du matin. J'ai râlé contre la selle qui chauffait et contre ma manière de me tendre dès que le cheval s'arrêtait. Je redoutais surtout la minute où il déciderait de ne plus avancer.

Les premiers jours, c’était plus compliqué que je ne l’imaginais

La première matinée à cheval m'a laissée avec une douleur nette au niveau du siège, au bout de 12 minutes. La chaleur tombait déjà sur mes épaules, et la sueur collait la chemise à mon dos. Le cheval, lui, s'est planté devant un passage sableux, les oreilles tournées vers le vent. J'ai cliqué de la langue, puis j'ai senti qu'il n'avait aucune envie de me suivre sur commande.

Mon compagnon trouvait ça amusant, ce qui m'a agacée plus vite que prévu. Lui, il parlait au cheval d'une voix calme, comme s'il faisait ça depuis trois semaines, et moi je voulais juste qu'on avance sans débat. Quand il m'a dit de laisser venir, j'ai répondu trop sèchement. Le déjeuner a eu un goût de sable, et je regardais mon verre d'eau sans vraiment l'ouvrir.

L'après-midi, sur une piste près d'un étang, le cheval a fait un demi-tour sec. Mon bassin a glissé, ma main a tiré trop fort sur la rêne droite, et j'ai senti mon cœur cogner pendant 30 secondes. Je n'étais pas tombée, mais j'avais déjà la sensation de m'être cassée quelque chose dans la tête. J'ai posé le pied à terre, j'ai hésité à rentrer seule au mas, puis j'ai respiré comme on me l'avait montré.

Le moniteur m'a alors fait comprendre la différence entre tirer et accompagner. Le contact léger sur les rênes changeait tout, parce que le cheval réagissait avant même que j'insiste. J'ai compris aussi que mes jambes ne servaient pas à serrer. Elles servaient à encadrer, à garder une ligne, et à ne pas bloquer son dos. Quand je coinçais les genoux, il s'arrêtait net. Quand je desserrais le bassin, il repartait.

Au fil des jours, j’ai commencé à voir les choses autrement

Une balade au coucher du soleil a changé ma manière de regarder tout ça. Après 6 h 40 de selle cumulées sur la semaine, j'ai senti pour la première fois que mon corps cessait de lutter. Le trot puis le galop m'ont donné une sensation de glisse très brève, presque propre. Le vent me fouettait les joues, et les marais se taisaient d'un coup. Je n'entendais plus que les souffles des chevaux et le frottement du sable sous les fers.

J'ai commencé à comprendre qu'un cheval répond à des détails minuscules. Une voix plus grave le posait. Une jambe trop tendue le fermait. Un bassin qui suit mieux le mouvement le laissait passer. Le plus étrange, c'est qu'il fallait par moments attendre 4 secondes sans rien faire pour qu'il se replace. Cette attente me paraissait interminable au début, puis elle a fini par me calmer.

Mon compagnon et moi avons encore accroché le troisième soir. Lui voulait rallonger la sortie, moi j'avais les mollets brûlants et la nuque raide. On s'est assis sur le marchepied du van, les bottes pleines de sable, et on a parlé sans se couper. Il a admis qu'il me poussait trop vite. J'ai reconnu que je me fermais dès que je me sentais nulle. On a fini par rire quand le cheval a éternué sur ma manche.

Après la balade, j'ai découvert le vrai soin du retour. On passait l'étrille, puis la brosse dure, et la poussière partait en plaques grises sur le sol. J'ai vérifié les sabots un par un avec le cure-pied, en suivant les rainures sans appuyer trop fort. On leur donnait ensuite de l'eau par petites gorgées, pas d'un coup, parce qu'ils avalaient trop vite après l'effort. Ce geste simple m'a apaisée plus que je ne l'aurais cru.

Ce que je sais maintenant et que j’ignorais au départ

Cette semaine m'a appris que ma peur montait avant moi. Je me crispais dès que je voulais bien faire, puis tout se bloquait jusqu'au bout des doigts. Quand j'ai accepté de ne pas contrôler chaque trajectoire, j'ai mieux respiré, et mon cheval aussi. Je ne me suis pas découverte cavalière. J'ai surtout découvert que je pouvais tenir sans me braquer.

J'aurais dû demander plus tôt le niveau exact demandé par la manade. J'avais pris une selle un peu large, et la pluie de la veille avait ramolli le siège, ce qui m'a fait glisser deux fois dans la journée. J'aurais aussi vérifié la durée réelle des sorties. 18 kilomètres de piste pour une première, c'était beaucoup pour moi. Avec une météo plus sèche, j'aurais vécu les choses autrement.

J'ai relu la fiche de la Fédération Française d'Équitation sur le casque et l'encadrement, après avoir vu mon propre manque d'aisance. Pour quelqu'un qui n'aime pas les chevaux, ce séjour peut bousculer très vite. Pour un couple, il peut réveiller des tensions avant même le goûter. Pour des enfants, je garderais un encadrement très serré et un poney calme, parce que le bruit du groupe change tout.

Avec le recul, j'aurais aussi aimé tester une balade à pied dans le Parc naturel régional de Camargue. Le travail à pied m'aurait sans doute mieux convenu le premier jour, parce que j'aurais appris ses réactions sans la peur de perdre l'équilibre. Une ferme équestre plus calme m'aurait paru moins brutale. Je ne regrette pas mon choix, mais je vois bien qu'une autre porte m'aurait mieux accueillie.

Au final, ce séjour en Camargue m’a transformée plus que je ne l’aurais cru

Ce séjour m'a surtout appris à entendre quand je me ferme. J'ai vu que mon compagnon et moi ne réagissions pas pareil sous la fatigue, et ça m'a aidée à ne pas tout prendre contre moi. Le cheval, lui, ne trichait pas. Si je serrais trop, il s'arrêtait. Si je me calmais, il me suivait. J'en suis sortie plus patiente, même dans nos disputes du soir.

Je recommencerais avec un départ plus doux, et moins d'heures d'affilée. Je ne referais pas le silence quand quelque chose me gêne. Là-bas, j'ai compris qu'attendre le soir pour le dire me laissait déjà trop de tension dans les épaules. Je garderais aussi le masque de soleil, les gants fins et la bouteille d'eau, parce que la chaleur de Camargue colle vite à la peau.

Le dernier soir, au Mas de la Fenière, j'ai entendu les chevaux souffler dans la cour pendant que le ciel devenait violet. Il y avait un froissement de foin, une lampe jaune, et cette odeur de cuir chaud qui reste sur les doigts. Je me suis assise sans parler, et j'ai senti que cette semaine m'avait déplacée juste assez pour me calmer. Je ne la raconterais pas comme une victoire. Je la garderais comme un moment qui m'a rendue plus souple, avec mon cheval et avec mon compagnon.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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