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Mon séjour d’une semaine en manade en mai : immersion au rythme vrai des gardians et des chevaux camarguais

mai 13, 2026
Séjour d'une semaine en manade en mai avec gardians et chevaux camarguais en immersion authentique

À 5h45, le claquement sec des portillons m'a tiré du sommeil dans la cour de la Manade du Marquis. J'ai ouvert les volets avant même d'avoir vraiment émergé, et l'air m'a sauté au visage. Il sentait le sable, les bêtes et le matin froid. Les chevaux bougeaient déjà, juste derrière les murs.

Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre avant de partir

Je pratique l'équitation depuis 8 ans, et je travaille en cabinet le reste du temps. Avec mes journées chargées et deux enfants à la maison, j'avais peu de marge pour souffler. Ce séjour m'a paru à la fois une parenthèse et un vrai pari. J'avais besoin de sortir de mes semaines réglées au minuteur.

J'avais lu deux récits de passage en Camargue, et j'avais gardé l'image d'une manade presque paisible. Je m'attendais à des gardians calmes, à des chevaux francs, et à des matinées pleines de lumière. Je pensais surtout marcher, regarder, respirer plus large que chez moi. Je me faisais une idée un peu romantique, oui je l'avoue.

J'avais mal mesuré le réveil avant l'aube, le terrain dur, et la chaleur qui grimpe vite en mai. Je n'avais pas non plus pris au sérieux les moustiques, ni le vent qui sèche tout en une heure. Le premier soir, mes oreilles étaient rouges et ma nuque chauffait encore. J'ai compris trop tard que le confort habituel ne suivrait pas.

Les premiers jours, la vraie manade m'a vite rappelé à l'ordre

Le premier vrai matin, à 5h30, j'étais déjà debout, la gorge encore sèche. Le bruit métallique des barrières de parc a fendu le silence, puis les sabots ont frotté sur le sol dur. Dans la cour, l'odeur de cuir humide, de foin et de terre chaude m'a saisi d'un coup. J'ai senti la chaleur du café dans mes doigts, puis j'ai posé mon gobelet sans finir la dernière gorgée.

À cheval, le mistral me donnait une impression étrange. Il me rafraîchissait le visage, mais il me raclait aussi les joues. La rusticité des chevaux camarguais m'a impressionné. Ils revenaient par moments couverts de poussière grise et de sueur séchée. J'ai passé la main sur la sangle, et la poussière m'est restée au bout des doigts. Ce détail a retenu mon attention.

Je me suis fait avoir par le soleil de mai. À 11h20, le thermomètre de la cour affichait 23°C, et j'avais déjà la tête lourde. Sans casquette, ma nuque a chauffé en une demi-heure, et mes oreilles ont viré au rouge. Le soir, les moustiques sont arrivés d'un coup dès que la lumière a baissé. J'ai passé 12 minutes à me gratter sur le lit, agacé comme jamais.

Ce qui m'a surprise, c'est que la manade ne reste jamais immobile. Un parc s'ouvrait, un autre se refermait, et tout le monde passait d'un geste à l'autre. Les gardians avançaient vite, sans gestes inutiles. J'avais l'impression de regarder un mécanisme vivant, où chaque cheval comptait dans l'équilibre du troupeau.

J'ai aussi compris que le travail suivait les animaux, pas mon envie de programme. Une sortie a été raccourcie parce qu'un cheval s'agitait trop près d'une clôture. J'avais imaginé une semaine souple, presque de balade. En réalité, le séjour m'a demandé de rentrer dans leur horaire, pas l'inverse.

Le moment où j'ai enfin compris comment vivre avec ce rythme

La troisième matinée, j'ai ouvert les yeux avant le réveil. L'air était frais, chargé d'odeur de sable et de chevaux. Pour la première fois, je n'ai pas cherché à lutter contre l'heure. J'ai laissé le matin venir à sa place, et j'ai senti mon corps se caler un peu mieux.

J'ai sorti ma casquette dès le petit-déjeuner, puis j'ai gardé des manches longues le soir. J'ai pris ma gourde partout, et je l'ai remplie 3 fois avant midi. J'ai aussi fini par accepter la pause de midi, même quand j'avais envie de repartir tout de suite. Ce ralentissement m'a évité de tomber dans la fatigue sèche du deuxième jour.

J'ai compris à ce moment-là que je n'étais pas dans un séjour touristique classique. Je regardais un vrai travail, avec des bêtes vivantes, des changements de parc et des imprévus à chaque heure. Quand un cheval claquait de la queue ou tournait une oreille sans arrêt, tout le groupe se réajustait. Ce n'était pas décoratif, et c'est justement ce qui m'a accrochée.

Ce que je sais maintenant et que j'ignorais en arrivant

La rusticité des chevaux camarguais m'a impressionné. Ils encaissent bien le dehors, mais les insectes les travaillent vite. J'ai vu la dermite estivale apparaître chez certains, avec la crinière râpée, la queue cassée et des frottements répétés contre les poteaux. Leur peau supporte beaucoup, mais pas l'acharnement des mouches et des moustiques.

J'ai aussi appris à gérer mon énergie autrement. J'essayais d'abord de garder mon rythme habituel, et je me suis vidée en moins de 2 heures. Après ça, j'ai accepté les pauses au bon moment, même quand j'avais l'impression de perdre du temps. Mon corps m'a vite rappelé que la manade ne se vit pas sur le tempo du cabinet.

J'ai fait mes erreurs, et elles m'ont servi de leçon. Un soir, j'ai oublié l'anti-moustique et les manches longues, et j'ai passé la nuit à me gratter. J'ai aussi mis des chaussures trop légères, claires en plus, et elles ont gardé le sable humide dans la couture pendant 4 jours. Le lendemain, je sentais chaque grain sous la plante des pieds.

J'ai fini par relier tous ces petits signes. Quand les insectes montaient, les chevaux devenaient moins posés, les oreilles tournaient sans cesse, et certains crins avaient déjà l'air abîmés. J'ai vu que la météo, la poussière et la lumière changeaient la journée entière. Ce genre de détail m'a appris plus qu'une belle image de brochure.

Au final, ce séjour a eu un effet plus fort sur moi que je ne l'imaginais

Je garde de cette semaine une beauté brute, sans fard. Dans le Parc naturel régional de Camargue, près d'Arles, le travail des gardians m'a paru d'une simplicité exigeante. J'ai aimé l'odeur du cuir tiède, le sable sous les bottes et les repas calés sur les animaux. Rien n'était lisse, et c'est resté mon meilleur souvenir.

Je referais la même immersion sans hésiter, mais pas avec les mêmes oublis. Je prendrais dès le départ mon anti-moustiques, une casquette, et des manches longues pour le soir. Je ne chercherais plus à garder mon rythme de ville. J'accepterais plus vite la fatigue, parce qu'elle faisait partie du jeu.

J'avais hésité avec un centre équestre classique et quelques randonnées touristiques. Ce séjour m'a semblé plus juste pour moi, parce que je voulais voir les chevaux dans leur cadre de travail. Pour quelqu'un qui accepte de se lever tôt, de finir poussiéreux et de suivre les horaires des bêtes, la semaine vaut la place qu'elle prend.

Le claquement sec des portillons à 5h45, mêlé au souffle rauque des chevaux, restera mon vrai signal d'immersion dans cette vie rude et magnifique. Quand je pense à la Manade du Marquis, c'est ce bruit-là qui revient d'abord. Et il me ramène tout de suite à cette semaine de mai.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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