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Ce que j’ai vraiment vécu en préparant une rando en camargue depuis dijon en van, entre galères et lâcher-Prise

mai 18, 2026
Préparation d'une randonnée en van de Dijon à Camargue, 1200 km, entre défis et lâcher-prise

Sur l'A7, juste après l'aire de Montélimar Est, un voyant rouge a éclaté sur le tableau de bord alors que je serrais le volant d'une main moite. Le moteur ronronnait encore, mais l'aiguille de température venait de grimper d'un cran, et l'odeur de plastique chaud m'a coupé le souffle. Je venais de quitter Dijon depuis 6 heures 20, avec deux proches endormis derrière moi, et j'ai compris que la Camargue attendrait peut-être un peu.

Je n’étais pas prêt, et ça a tout changé

Je travaille en cabinet paramédical à Dijon, je monte à cheval en amateur depuis des années, et je garde les pieds sur terre côté mécanique. Je sais changer un essuie-glace, resserrer une cosse, et je bloque dès qu'je dois aller plus loin. Avec deux proches, je compte chaque euro, alors je n'avais pas choisi ce van par confort. J'avais loué le véhicule pour 187 euros la journée de départ, et j'avais déjà senti la pression monter en signant.

Je voulais pourtant tenter la rando en Camargue depuis Dijon pour une raison très simple. J'avais envie de liberté, de nature et de chevaux blancs au bord de l'eau, sans dormir sous une tente mouillée. Je m'imaginais des réveils tôt, la selle encore froide, le sel sur les chaussures, et mes proches collés à la vitre. J'avais aussi besoin d'une parenthèse après des semaines où le cabinet m'avait vidé la tête.

Avant de partir, j'avais passé deux soirées sur des forums et un groupe Facebook de vanlifers. Les messages parlaient de pression des pneus, de liquide de refroidissement et de parkings tolérés, avec un ton qui m'a rassuré un peu trop vite. J'avais l'impression que le plus dur serait de trouver une place pour dormir. J'ai gardé cette idée jusqu'au moment où le tableau de bord a viré au rouge.

La panne au milieu de la vallée du Rhône, quand tout bascule

Le vrai basculement est arrivé d'un coup. J'ai d'abord entendu un cliquetis sec, puis le moteur a perdu de la rondeur, comme s'il tirait un peu plus lourd. Le voyant moteur rouge s'est allumé net, et j'ai mis les warnings en me rangeant sur une aire presque vide, à 19h14. La clim soufflait tiède, mes paumes collaient au cuir, et je sentais la chaleur remonter du capot jusque dans mes avant-bras.

J'ai ouvert le capot en espérant voir un détail évident. À la place, j'ai trouvé un bloc trop chaud, un bouchon de liquide de refroidissement brûlant et une durite qui vibrait encore un peu. Je n'ai pas touché grand-chose, parce que je ne savais pas ce que j'avais le droit de manipuler à chaud. J'ai essayé trois redémarrages, juste assez pour entendre le moteur tousser, puis j'ai senti la peur me serrer le ventre.

Le réseau mobile tombait par à-coups, avec une barre puis plus rien. J'ai sorti le manuel de la boîte à gants, j'ai relu deux lignes sur le voyant moteur, et je n'ai pas été plus avancé. Les enfants demandaient si on allait dormir là, et moi je fixais l'écran noir du téléphone comme si ça allait m'aider. Au bout de 10 minutes, j'avais les doigts glacés et la gorge sèche, ce qui n'arrangeait rien.

J'ai fini par appeler le garage Vialle, à Loriol-sur-Drôme, grâce à un numéro griffonné par un routier à la pompe. Le chef d'atelier m'a parlé d'une place libre le lendemain à 8h30, et j'ai accepté sans discuter. Le diagnostic annoncé à 87 euros entrait encore dans mon budget, mais j'ai dû rayer la nuit réservée près d'Arles. J'ai aussi décalé la rando d'une journée, avec une impression très nette de perdre le contrôle.

Ce qui m'a surpris, c'est la solidarité de gens que je ne connaissais pas. Une famille hollandaise m'a prêté un chargeur et un café brûlant, et un homme en camping-car m'a montré sa jauge de température comme s'il parlait d'un vieux problème commun. Mes proches ont partagé deux compotes sur le marchepied, pendant qu'une bourrasque faisait claquer la porte latérale. J'étais isolé, oui, mais pas complètement seul, et ça m'a calmé d'un cran.

Comment j’ai appris à gérer les imprévus et à lâcher prise

Le samedi matin, la pluie frappait le toit du garage, et les gouttes traçaient des lignes sales sur la vitre de la salle d'attente. Le mécano a posé sa clé de 13 sur l'établi, a levé le capot, puis m'a montré une fuite minuscule sur une durite. J'ai attendu 42 minutes sur une chaise en plastique, avec une odeur de caoutchouc humide et de café réchauffé. Après mes années au cabinet, j'ai reconnu ma propre mâchoire serrée, et j'ai compris que je partais déjà en tension.

Une fois la réparation faite, j'ai ralenti sans le vouloir. J'ai accepté des étapes plus courtes, et j'ai laissé un ami s'endormir contre la vitre au lieu de lutter pour tenir jusqu'au soir. Près des Saintes-Maries-de-la-Mer, j'ai vu 5 chevaux camarguais immobiles dans une eau basse, avec la vase jusqu'aux boulets. J'ai aussi remarqué des plaques de sel sur les bas-côtés, et les moustiques qui tournaient autour des portières dès qu'on ouvrait un peu trop longtemps.

J'ai aussi changé ma façon de préparer ce genre de départ. J'ai appris à vérifier la batterie auxiliaire, le niveau de liquide de refroidissement et la roue de secours avant de charger les sacs. Mon kit de secours tenait dans une trousse de toilette, avec une lampe frontale, deux fusibles et un câble de démarrage fatigué. J'ai découvert trop tard que mon assurance dépannage limitait le remorquage à 50 kilomètres, et ça m'a servi de leçon.

Ce que je sais maintenant, ce que je referais et ce que je ne referais pas

Cette histoire m'a montré que je tiens mieux la pression humaine que la pression mécanique. Je gère une salle d'attente pleine, des dossiers urgents et un enfant fatigué, mais un voyant rouge me coupe encore les jambes. J'ai aussi découvert que deux proches s'adaptent plus vite que moi, même quand le repas devient un sandwich mangé debout sur une aire. Moi, j'ai mis du temps à accepter ce désordre. Au départ, j'étais surtout agacé, puis j'ai compris qu'il fallait ralentir et faire avec ce que la route imposait.

Si je repartais de Dijon, je couperais la route en deux tronçons et je n'attendrais pas la fin d'une journée de cabinet pour partir. J'impliquerais mes proches dès le chargement, parce que j'ai perdu 9 minutes à chercher un sac de jumelles sous la banquette au moment le plus tendu. Je laisserais aussi une vraie marge pour une pause, pas seulement une station-service avalée vite fait. J'aurais gagné du calme avec une feuille papier, pas avec le téléphone qui disparaît dès qu'il n'y a plus de réseau.

Ce trajet demande surtout d'accepter les détours, le bruit d'un van chargé et des horaires qui bougent sans prévenir. Dans mon cas, la Camargue m'a offert des chevaux, des marais et des nuits un peu serrées, mais aussi une vraie fatigue que je n'avais pas anticipée. Pour des enfants qui supportent mal la chaleur ou l'attente, j'aurais plutôt regardé le train puis une location sur place. Un véhicule plus équipé m'aurait aussi enlevé une bonne part de tension.

En rentrant à Dijon, j'ai relu la fiche de la Sécurité routière sur la fatigue au volant, puis un point de la HAS sur le stress. J'y ai retrouvé ce que mon corps me disait déjà, avec les épaules dures et la nuque raide après 6 heures de route. Ma limite reste claire avec les enfants aussi: quand l'un fatigue ou perd ses repères, je n'ai plus la tête pour gérer l'orientation, la santé et l'horaire en même temps. Au bout du compte, je garde le goût du sel, des chevaux blancs près des étangs du Parc naturel régional de Camargue, et l'humilité d'un van arrêté sur l'A7, juste avant Orange.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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