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Ce jour où j’ai serré les rênes et tout a basculé avec ma monture face à la manade

juillet 04, 2026
Jeune cavalier serre les rênes face à une manade de taureaux, tension intense sur la monture non habituée

Sur le chemin étroit, devant la Manade Abrivados, j’ai serré les rênes d’un coup quand mon cheval a levé la tête. Je vis près de Dijon. Je suis partie trois jours en Camargue pour couvrir cette sortie, et je me suis crue capable de tout tenir avec mes mains. En tant que Rédactrice spécialisée en équitation pour un magazine en ligne, j’ai déjà raconté des scènes tendues, mais celle-là m’a coûté plus que de l’encre. La séance de kiné équine à 60 euros m’est restée en travers, avec un goût de honte que je n’ai pas oublié.

Le jour où j’ai compris que serrer les rênes ne servait à rien

C’était un après-midi d’automne, avec une lumière basse et un terrain resserré entre deux talus. Mon cheval n’était pas habitué aux taureaux, et je l’avais monté alors qu’il était déjà un peu fatigué par la chaleur de la journée. J’étais sûre de moi, j’étais restée convaincue que le passage allait se faire sans histoire, puis je suis partie en me disant que j’allais gérer. La manade approchait, et je sentais déjà cette odeur de bête et de poussière chaude qui montait avant même de voir les animaux.

Le vrai basculement a commencé quand il a capté la présence des taureaux avant de les voir clairement. Il s’est arrêté net, les oreilles verrouillées vers la masse sombre, puis il a soufflé très fort par les naseaux. Moi, j’ai tiré plus fort, parce que j’ai voulu forcer le passage avec les rênes. Mauvaise idée. Il s’est appuyé sur ma main, son encolure s’est raidie d’un coup, et j’ai senti la tension grimper jusque dans mes épaules.

Le cheval est passé en quelques secondes du calme à la statue, avec les yeux fixés, les naseaux ouverts et le dos dur. Puis il a bondi de côté, sans phase intermédiaire, comme si le sol avait disparu sous lui. J’ai perdu mon assiette sur deux foulées, et la selle m’a paru soudain trop étroite. Le bruit des sabots a claqué sur le chemin, et j’ai compris que je n’étais plus en train de conduire quoi que ce soit.

À ce moment-là, je me suis retrouvée avec une seule question dans la tête. Est-ce que j’allais rester dessus, ou finir à pied dans ce couloir étroit, avec la manade d’un côté et le vide de l’autre. Plus je m’acharnais, plus il se mettait en travers, et plus son souffle devenait court. Le silence brutal de sa fixation m’a fait plus peur que son départ, parce que je voyais bien qu’il n’avait plus rien dans le corps que l’idée de fuir.

Les dégâts concrets que cette erreur m’a coûtés

Après coup, son corps a gardé la trace de ma bêtise. Il est resté crispé dans le dos, avec une respiration accélérée et une perte d’équilibre que je voyais dans chaque petit déport de l’encolure. J’ai dû le marcher longtemps avant qu’il redescende vraiment. La récupération a traîné, et ce n’était pas juste une impression de cavalière trop émotive. J’ai vu sa ligne de dos rester dure, comme bloquée par le sursaut. Si la respiration accélérée ou la perte d’équilibre avaient persisté, j’aurais demandé l’avis d’un vétérinaire équin.

Le mors, serré trop vite dans ma nervosité, a fini marqué comme je ne l’avais jamais vu. Les sangles ont aussi pris cher, avec des traces d’usure que j’avais ignorées jusque-là. J’ai payé la séance de kiné équine 60 euros, puis j’ai perdu encore deux semaines à remettre son corps et sa tête dans un état à peu près normal. Ce n’était pas qu’une dépense . C’était aussi du temps vide, passé à réparer ce que j’avais abîmé en quelques minutes.

Sur le moment, j’ai surtout pris la claque dans mon moral. J’ai eu peur, j’ai culpabilisé, et j’ai remis en cause ma façon de monter avec une brutalité que je n’avais pas prévue. Moi qui rédige depuis 8 ans sur l’équitation du quotidien, j’avais laissé passer le réflexe le plus idiot possible. J’ai été frappée par le contraste entre ce que je savais raconter et ce que je venais de faire. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Je n’ai pas pu recycler un détail qui m’est resté collé à la peau. Je sentais son dos dur comme une planche sous mes cuisses, c’était un signal clair que je venais de franchir la ligne rouge. C’est ce moment-là qui m’a suivie le plus longtemps. Pas la panique, pas même le départ de côté. Juste cette sensation nette d’avoir ajouté de la pression là où il n’en fallait plus une seule.

Ce que j’aurais dû faire avant de croiser la manade

Le recul m’est venu après coup, en relisant mes notes et en repensant à ma Formation continue en gestion équestre (IFCE). J’y avais déjà croisé l’idée d’une approche par paliers, et je l’avais balayée trop vite ce jour-là. La vraie progression passait par trente mètres de distance, pas par l’envie de coller mon cheval au troupeau en une seule fois. Recommencer la désensibilisation à distance, au pas, en récompensant le moindre relâchement, avait plus de sens que mon bras de fer improvisé. C’était lent, et ça me semblait frustrant sur le moment.

  • tête qui monte d’un coup dès que la manade entre dans son champ
  • oreilles verrouillées vers les taureaux, avec un souffle qui s’accélère
  • encolure raide, marche en crabe, puis écart latéral
  • dos dur et arrêt net avant le départ sec sur le côté

Ce qui m’a le plus frappée, c’est que la réaction avait commencé avant même le contact visuel net. L’odeur, le bruit et la masse sombre suffisaient déjà à tendre tout son corps. Mon travail de Rédactrice spécialisée en équitation pour un magazine en ligne m’a appris à lire les récits des autres avec du recul, mais ce jour-là je n’ai pas lu le mien. J’aurais aussi dû choisir une autre heure, plus tôt dans la journée, quand le cheval n’était ni chaud ni déjà émoussé par la fatigue.

Les repères de la Fédération Française d'Équitation (FFE) sur la gestion du stress du cheval allaient dans le même sens, et je l’ai compris trop tard. L’Institut français du cheval et de l'équitation (IFCE) m’avait déjà donné des repères sur la progression par étapes, sans que je les applique vraiment à cette sortie. Le terrain étroit n’a rien arrangé. Avec un chemin plus large, j’aurais eu une marge de respiration que je n’avais pas là, coincée entre le talus et la manade.

– Le cheval qui lève la tête et verrouille les oreilles avant même d’avoir vu les taureaux m’a montré que tout partait déjà très mal. – Le souffle qui devient court, la marche en crabe et le dos qui se durcit étaient les signaux que j’ai laissés filer. – Le demi-tour ou l’écart violent n’arrivaient pas par hasard, ils venaient après ma pression de trop. – Pour ce genre de terrain, j’aurais dû demander un accompagnement sur place, pas bricoler seule.

J’aurais aussi dû accepter l’idée qu’une séance encadrée, facturée entre 30 et 60 euros selon l’aide sur le terrain, m’aurait sans doute évité des dégâts bien plus lourds. Je ne sais pas si cela aurait tout réglé, mais j’aurais gagné en calme. Et j’aurais évité de confondre vitesse et contrôle. Sur ce chemin-là, j’avais surtout besoin de patience, pas de force.

Le bilan amer et les leçons que je garde pour toujours

Mon regret principal reste simple. Je n’ai pas anticipé le comportement naturel du cheval face aux taureaux, et j’ai cru qu’en serrant davantage, je reprendrais la main. En réalité, j’ai juste aggravé sa peur. J’ai été convaincue, sur le moment, que ma fermeté allait le rassurer. Elle l’a crispé encore plus, et cette erreur m’a sauté au visage avec une brutalité sèche.

Cette histoire a changé ma façon de monter les sorties qui sortent du cadre habituel. J’ai gardé moins d’orgueil, plus de marge, et un respect bien plus net pour le rythme de ma monture. Quand la situation me paraît floue, je repense à ce passage étroit et à la manière dont un simple serrage de main a tout tendu. J’ai aussi arrêté de croire qu’un cheval devait accepter l’inconnu sans préparation. C’était faux, et je l’ai appris dans le mauvais ordre.

Je me suis aussi rappelé mes limites de l’époque. Pour un vrai travail autour d’une manade, j’aurais dû me faire accompagner par un pro du terrain, un gardian ou quelqu’un qui connaissait la Camargue mieux que moi. J’avais de la lecture, de l’expérience en équitation du quotidien, et mes 20 000 lecteurs mensuels derrière les articles, mais pas le droit de me raconter des histoires sur ce passage-là. C’est là que ma lucidité a manqué.

Jamais je n’oublierai ce souffle rauque et ce regard figé qui m’ont dit que j’étais allée trop loin, trop vite. La manade Abrivados m’a laissé plus qu’une frayeur et un ticket à 60 euros. Pour quelqu’un qui acceptait de repartir à trente mètres et de laisser le cheval regarder avant d’avancer, cette sortie avait peut-être une chance. Pour moi, ce jour-là, elle a surtout ressemblé à une leçon reçue en pleine poitrine, et j’aurais voulu savoir avant que la force ne coûte si cher.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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