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Monter un cheval de Camargue change la façon de tenir ses rênes

août 12, 2026
Femme tenant les rênes d’un cheval de Camargue dans une lumière dorée en plein marais

Sur le chemin sablé de la Manade Aubanel, près d’Arles, le cuir de ma rêne extérieure a pris du poids dans ma main droite, sans que je ferme les doigts. Mon cheval de Camargue avançait au pas, l’encolure basse, et le virage arrivait juste devant la borne en bois. J’ai noté ce détail comme un bruit anormal, puis j’ai compris que ma main n’était pas aussi légère que je le croyais.

Comment j’en suis arrivée là avec mes rênes et ce cheval de Camargue

Je montais le soir, entre deux bouclages et une visite chez ma famille équestre locale, avec des créneaux serrés. Mon budget tenait dans 120 euros par mois, alors je choisissais des séances simples, sans trop d’à-côtés. J’ai appris à regarder les petites variations, pas à me raconter des histoires.

Je suis partie vers ce cheval de Camargue pour sa rusticité et son côté franc. Je m’étais dit qu’un cheval solide, habitué au terrain, m’aiderait à monter avec plus de calme. J’étais sure de moi au montoir, et j’ai vite compris que cette confiance-là tenait sur du sable fin.

Dans les clubs classiques, j’entendais qu’une main nette rassure le cheval. J’avais gardé cette idée dans un coin de la tête, avec des rênes plutôt courtes et des doigts prêts à corriger. Je ne pensais pas qu’un cheval de Camargue me demanderait d’abord de rendre, puis d’attendre.

Je suis devenue plus attentive dès les premières sorties, parce qu’il ne trichait pas. Dès que je gardais trop de tension, il me le montrait dans l’instant, sans détour. Et là, je me suis dit que mon idée de la tenue de rênes allait devoir changer pour de bon.

Ce que j’ai vraiment ressenti en montant ce cheval et en tournant ce virage

La première fois que je suis montée, j’ai pris le pas avec une prise de contact légère, presque à deux doigts. Le cuir avait une texture un peu sèche sous les paumes, avec ce frottement discret qui accroche la peau au bout de quelques minutes. J’ai laissé 5 cm de rêne que d’habitude, et j’ai senti son encolure se poser sans que je pousse quoi que ce soit.

Au trot, j’ai vu tout de suite la différence quand je cessais de piloter avec les mains. Son dos suivait mieux, et le pas redevenait souple dès que je rendais un peu. Après 15 minutes, il commençait à chercher le contact sans s’y accrocher, et ça m’a vraiment frappée.

Le virage serré est arrivé au bout de la piste, et là, la rêne extérieure a commencé à peser dans ma main. Pas d’un coup franc, non, plutôt par petites marches, comme si le cuir se tassait dans la paume. J’ai senti une petite secousse dans sa nuque, puis un verrouillage léger de l’encolure, avant la lourdeur franche.

J’ai d’abord cru qu’il tirait sur moi. En réalité, c’était moi qui gardais une traction continue, presque sans m’en rendre compte. Au bout de 10 minutes, il avait cessé de mâchonner le mors, et je me suis retrouvée avec des mains qui brûlaient un peu, ce qui n’était pas joli à vivre.

J’ai aussi fait les erreurs que je croyais réservées aux débutantes du mercredi. J’ai pris les rênes trop courtes dès le montoir, et sa nuque s’est tendue d’un bloc. Quand j’ai voulu corriger sèchement avec les doigts, il a secoué la tête et la bouche s’est fermée net.

Le pire a été quand j’ai gardé la même longueur de rêne dans une descente. Il s’est mis sur l’épaule, puis j’ai senti ses épaules se fermer dans le tournant suivant. J’ai galéré pendant toute une séance d’une heure, avec des reprises et des rendements au moins une dizaine de fois.

J’avais même pensé lâcher l’affaire, parce que je ne me reconnaissais plus dans mes propres mains. Je me suis sentie raide, maladroite, et franchement pas juste. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Ce que j’ai fait après ce déclic et comment ça a changé ma main

Le déclic est venu quand la rêne extérieure s’est alourdie dans une courbe, alors que ma main intérieure ne servait presque à rien. J’ai compris que le signal passait par ce cuir qui pesait d’un côté, avant même que le cheval ne pousse franchement. À partir de là, j’ai fermé les doigts, puis je les ai rouverts tout de suite.

Je suis devenue plus douce sans devenir molle, et c’est là que tout a bougé. J’ai baissé mes mains, allongé mes rênes de 5 à 10 cm, puis j’ai guidé davantage avec mon assiette et mes jambes. Au pas, son swing est revenu dès que j’ai cessé de retenir sa tête.

Sur une séance d’une heure, j’ai repris et rendu les rênes une dizaine de fois, par moments juste pour vérifier que je ne m’accrochais pas. J’ai aussi testé un contact de 2 doigts en travail de base, parce que tout le reste m’envoyait vite vers l’appui. Au bout de 3 sorties, ma main avait déjà changé de place sans que j’y pense.

J’ai été convaincue le jour où il a répondu mieux au relâchement qu’à la fermeté. Dès que j’ouvrais les doigts, il redonnait de l’encolure, et la nuque se déliait. Je suis rentrée de cette séance avec les paumes chaudes, mais avec une sensation claire de direction, pas de lutte.

Depuis ce virage, je refais volontiers le même petit test avant de partir en balade : je vérifie que je peux tenir mes rênes en gardant les doigts capables de bouger, pas verrouillés. Sur les chemins de la Manade, entre les taureaux au loin et le vent qui rabat les crins, c’est devenu mon repère le plus fiable pour savoir si je suis vraiment détendue ou si je me raconte que je le suis.

Ce que je sais maintenant que j’ignorais au début et ce que ça change pour moi

Je n’aurais pas cru qu’une rêne extérieure puisse devenir un vrai repère sans se transformer en frein. J’aurais aimé savoir plus tôt qu’un contact léger, mobile, posé bas, change tout sur ce cheval-là. Le cheval de Camargue m’a demandé plus de finesse que je ne l’imaginais, surtout dans les courbes et les transitions.

Cette expérience parle à quelqu’un qui accepte de tâtonner, de refaire une boucle, puis de rendre encore. Si on cherche une bouche tenue en permanence, je crois que ce cheval fatigue vite la main. Si on aime sentir les choses se mettre en place après plusieurs essais, là, la relation devient très intéressante.

J’ai pensé un moment au travail à pied pour refaire mes repères, et j’ai gardé cette piste en tête les jours où ma main se crispait. J’ai aussi regardé d’autres approches, mais je suis restée fidèle à ce cheval et à cette sensation de rênes plus longues au début. Pour une gêne qui persiste dans la bouche du cheval, je préfère faire vérifier par une vétérinaire équine, et pour une douleur à la main qui s’installe, je ne force pas.

« Ce moment précis où le cuir de ma rêne droite a soudain gagné en poids, sans que mes doigts ne serrent plus fort, restera gravé comme le signal que je tenais trop fort sans m’en rendre compte. »

Je suis rentrée de la Manade Aubanel avec une main moins haute, des coudes plus ouverts et un autre rapport au contact. Aujourd’hui, je garde ce souvenir comme une petite alerte utile, pas comme une faute. Pour quelqu’un qui accepte de laisser un peu de temps au cheval et à ses propres sensations, cette manière de monter m’a clairement rendue plus juste.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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