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Mon mauvais choix de selle trop rembourrée pour les marais, ce que j’aurais aimé savoir avant

juin 07, 2026
Rider struggling in marsh with overly padded saddle, illustrating bad choice for marsh terrain

La selle trop rembourrée a claqué sur l’établi de la rue des Saules, encore humide, et j’ai compris que j’avais perdu 1 284 € pour une idée née trop vite. C’était un mardi de novembre à 19h30, quand je réparais ma cinquième selle mangée par l’humidité des marais, après une sortie près de Saint-Omer. Le cuir collait déjà à mes doigts, et la mousse sentait la cave fermée. J’ai passé la paume sur la bourre affaissée, et j’ai vu le mauvais choix avant même d’ouvrir le dos complet.

Le jour où j’ai compris que ma selle trop rembourrée ne tenait pas dans les marais

Dans une proche entreprise familiale, deux proches traînaient encore près de la presse à couper quand j’ai sorti l’idée du marais. Depuis 14 ans, je travaille comme artisan sellier sur des terrains secs, avec des assises franches et des rembourrages généreux. J’avais déjà refait des quartiers, changé des troussequins, repris des matelassures, et je me croyais assez à l’aise pour tenter cette adaptation. Sauf que ce matin-là, j’avais aussi trois commandes en retard, une radio qui crachotait et une pile de pièces déjà découpées sur le grand plateau.

Je voulais une selle qui donne tout de suite une sensation douce, presque rassurante, parce que les clients du coin parlaient de longues heures dans la brume. J’ai choisi une mousse épaisse, moelleuse, avec un cuir souple qui donnait une belle impression à l’atelier, et j’ai laissé parler mes habitudes de terrain sec. Sur le papier, le confort semblait évident, et je me suis persuadée que la main du cavalier pardonnerait le reste. J’ai oublié que l’eau ne s’arrête pas au premier coup d’éponge, qu’elle remonte par les coutures, s’installe dans la bourre et alourdit tout l’ensemble.

Après deux sorties, le cuir a commencé à gondoler comme une peau tendue sur un matelas d’eau stagnante. La mousse se tassait sous l’assiette, et l’odeur de moisi montait dès que j’ouvrais l’étrier, avec ce mélange de cuir froid et de laine humide qui reste aux doigts. Le cavalier me disait que le bassin partait d’un côté, puis de l’autre, et que son corps cherchait sa place à chaque foulée. J’ai vu le cheval serrer le dos, raccourcir son pas sur 7 kilomètres de piste humide, puis refuser de s’étirer dans le dernier virage.

Le pire, c’était le décalage entre ce que je sentais en main et ce que le terrain racontait. En atelier, l’ensemble paraissait encore propre au toucher, presque sage, avec des bords nets et une ligne régulière. Sur le dos du cheval, la matière travaillait autrement, avec un point d’appui trop large et une assise qui s’enfonçait par zones, comme si tout avait pris du jeu. J’ai eu un doute sérieux, un de ceux qui vous coupent l’envie de continuer, et mes proches m’ont regardée sans comprendre pourquoi je restais plantée devant la selle. Oui, je sais, j’avais juré de ne plus refaire ce genre de bourre trop molle.

J’ai fini par poser la main sur la pièce et par compter les traces d’humidité au bord des panneaux. À force de vouloir du moelleux, j’avais fabriqué une selle qui gardait la pluie comme une éponge que je n’avais jamais vraiment essorée. Je me suis dit que le client ne me pardonnerait pas une deuxième version aussi bancale. À ce stade, j’avais surtout honte d’avoir confondu confort et tenue.

Trois semaines plus tard, la facture et le temps perdu qui m’ont fait mal

Trois semaines plus tard, j’ai démonté cette selle pour la cinquième fois. Les photos posées sur l’établi montraient le creux, et mon pied à coulisse disait autre chose que mon œil fatigué. Dans les zones de contact, la mousse avait perdu un tiers environ de son épaisseur, comme si un poids invisible l’avait écrasée à chaque trajet. Là où j’avais mesuré 18 mm au départ, je n’en trouvais plus que 12, et la ligne du panneau était devenue irrégulière. J’avais beau recoller, le défaut revenait au même endroit, avec la même trace sombre.

La facture m’a fait mal. J’ai englouti 96 € de mousse, 47 € de colle et de fil, puis 63 € de cuir de reprise pour sauver la pièce. J’y ai passé 11 heures, sans compter les séchages, et j’ai repoussé deux autres commandes de 8 jours chacune. Pendant ce temps, j’ai laissé de côté une selle de dressage à 640 € et une sangle que je devais livrer le vendredi. Le soir, je refermais l’atelier avec l’impression d’avoir travaillé à vide, et le téléphone me renvoyait des messages que je n’avais pas envie d’ouvrir.

Les cavaliers l’ont senti avant moi, et ça a abîmé la confiance. Une jument haussait le dos au sanglage, un autre cheval gardait la queue serrée dès les premières foulées. Deux clients m’ont demandé si la selle allait tenir un mois, et je n’ai pas répondu avec le sourire. L’un d’eux a reporté sa commande, l’autre a pris une pause de réflexion qui a duré 19 jours. J’ai perdu une vente de 220 €, et surtout cette façon tranquille qu’ils avaient de me laisser leurs chevaux sans poser trop de questions.

Ce que j’aurais dû vérifier avant de me lancer dans ce design trop rembourré

Ce que j’aurais dû voir, c’est que la mousse classique pompe l’humidité par capillarité et garde le froid au cœur du matelassage. Le cuir non traité réagit pareil, il boit, il se déforme, puis il sèche en tirant sur les coutures et sur les zones d’appui. Dans les marais, la matière vit au ralenti, et la reprise de forme devient bancale dès que la nuit ramène la brume. J’avais lu ça de travers dans une fiche technique de l’IFCE sur l’humidité, puis j’ai fermé le dossier comme si le problème allait s’effacer au matin.

Les signaux étaient là avant la fabrication, et je les ai balayés parce que je voulais croire au confort visuel. L’odeur de cave montait déjà quand la peau sortait du stock, avec ce fond humide qui reste sur les gants. Au toucher, la bourre gardait une fraîcheur mouillée après 12 heures en atelier. Et sur la tranche, le cuir se plissait plus vite que mes modèles de terrain sec. J’ai confondu douceur et tenue, et ça, je le paie encore dans ma tête.

  • une odeur de moisi dès l’ouverture du cuir
  • une bourre froide après 12 heures au sec
  • des plis qui reviennent dès qu’on tend la pièce
  • une couture qui blanchit sur les bords pliés

J’aurais aussi dû parler avec Léa, la vétérinaire de l’écurie du Pré-Neuf, avant de sortir la première version. Elle m’aurait parlé de pression mal répartie, de dos qui chauffe et de cheval qui raccourcit son souffle au bout de quelques minutes. J’avais aussi sous les yeux les retours d’un sellier du marais de Brière, mais j’ai cru que mon expérience de terrain sec suffisait. Elle ne suffisait pas, et je l’ai compris trop tard, quand j’ai vu que mes corrections n’avaient pas changé le fond du problème.

Ce que cette expérience m’a appris sur le design adapté aux marais et mes conseils pour ne pas refaire la même erreur

Cette erreur a déplacé ma façon de penser le métier. Après ça, j’ai cessé de regarder une selle comme un bel objet posé sur un cheval. J’ai monté ensuite un modèle pour l’écurie du Pré-Neuf, avec une assise plus sobre et des panneaux moins gourmands, parce que le premier prototype avait déjà trop de ventre. Cette fois, le retour venait moins du confort immédiat que de la tenue après pluie, et j’ai senti la différence dès la troisième sortie. Le cavalier a gardé la même position, et le cheval n’a pas cherché à se contracter dans les passages mous.

J’ai fini par travailler avec des mousses à cellules ouvertes sur certaines zones, du cuir traité pour l’humidité et une ventilation plus franche sous le siège. Sur le nouveau modèle, j’ai laissé sécher les pièces 24 heures entre deux étapes, puis j’ai fait trois essais en terrain détrempé après une pluie de 9 mm. J’ai aussi pesé les panneaux avant et après, pour voir si l’eau restait piégée. J’ai comparé la tenue après 6 kilomètres de marche et 2 montées de talus. Le résultat m’a parlé plus vite que mes certitudes d’avant.

Je ne sais pas si mon erreur aurait pris la même forme ailleurs, mais dans les marais de Saint-Omer elle m’a coûté 1 284 € et plusieurs soirées à recommencer la même couture. C’était encore défendable pour quelqu’un qui accepte de sécher le cuir 20 minutes après chaque sortie, mais moi j’avais fabriqué une selle qui buvait trop l’eau et rendait les chevaux méfiants. J’aurais voulu comprendre plus tôt que le confort moelleux ne valait rien quand la matière se gorgeait et se déformait sous la pluie, et j’aurais aimé entendre ce signal avant d’ouvrir la cinquième selle.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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