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Ce jour où un taureau m’a presque surpris m’a fait tout remettre en question

mai 20, 2026
Rencontre intense entre un taureau et un cavalier en Camargue, moment décisif d’équitation traditionnelle

La poussière collait à mes bottes quand un taureau a déboulé près de ma hanche, à la Manade Cavallini, et j’ai reculé d’un coup. Mon cheval a tendu l’encolure, moi j’ai serré les rênes sans réfléchir. Ce jour-là, j’ai cessé de voir la manade comme une sortie calme.

J’étais venue pour comparer la manade et l’école équestre sur un point simple, la sécurité. Avec deux enfants, un budget serré et l’envie de découvrir la Camargue autrement, je ne voulais pas jouer les téméraires. J’ai compris que je devais choisir entre frisson brut et cadre rassurant. Je vais te dire pour qui la manade fonctionne, et pour qui elle devient trop risquée.

Au départ, pourquoi j’ai voulu tenter la manade et ce que je cherchais vraiment

Je suis une cavalière intermédiaire, pas une acharnée des performances. Je monte par périodes, entre les trajets d’école et les repas à préparer, et mon budget ne me laisse pas improviser. J’avais mis 47 euros de côté pour une sortie qui devait rester un plaisir. Je voulais quelque chose de fort, sans me sentir lâchée dans le vide.

La manade m’attirait parce qu’elle promettait autre chose qu’un manège et des repères au sol. Je voulais sentir la poussière, l’odeur chaude des chevaux, le bruit sec des sabots, et ce lien direct avec les taureaux. J’aimais aussi l’idée de lire l’animal à distance, sans le réduire à un exercice. Une école classique me paraissait plus propre, plus simple, mais aussi plus sage que ce que je cherchais.

J’avais regardé une école équestre locale à 32 euros la séance, un stage encadré de 2 jours, et même un atelier de travail à pied avant la monte. J’ai hésité longtemps, parce que j’aime apprendre par étapes. Au fond, j’ai choisi la manade parce que j’espérais progresser vite, même si cela m’a surtout donné des sensations. En pratique, j’ai surtout gagné des sensations, pas des repères solides.

La manade, entre émotions fortes et imprévus qui font basculer la séance

Une séance en manade démarre vite. Je me retrouve au pas, puis le groupe se resserre, et je garde les talons bas pendant que le moniteur parle peu. Je surveille les oreilles du cheval, la poussière au sol, et la direction du troupeau. À ce moment-là, le corps travaille avant la tête.

Ce qui m’a prise de court, c’est la vitesse à laquelle tout peut changer. Le taureau est sorti de la droite, presque au même niveau que ma jambe, et j’ai eu un vrai réflexe de protection. J’ai figé mon bassin, tiré trop sec sur les rênes, et mon cheval a fait un écart brutal. Mon cœur a cogné fort, et je me suis sentie ridicule de ne plus savoir regarder devant.

Là, j’ai vu la limite du système. Je n’avais pas le temps de comprendre le geste, ni de reprendre calmement ma place en selle. Le moniteur corrigeait une posture, puis le troupeau bougeait à nouveau, et je perdais le fil. Pour quelqu’un qui cherche un apprentissage progressif, c’est rude. J’ai mis 4 reprises à retrouver un peu de souplesse dans mes mains.

Je ne vais pas faire semblant, il y a aussi un vrai charme là-dedans. La manade m’a collé des images dans la tête, avec la terre sèche, les bêtes en mouvement et cette impression d’entrer dans un monde ancien. J’ai aimé la tension du groupe et le lien direct avec la tradition camarguaise. Sur le moment, ça secoue. Après coup, ça reste.

L’école équestre, un cadre rassurant qui m’a permis d’apprendre en douceur

À l’École d’Équitation Camarguaise, la séance n’avait rien du même tempo. Je suis montée sur un cheval plus posé, dans une carrière fermée, avec un moniteur qui gardait l’œil sur chaque détail. Le casque était ajusté, les consignes étaient claires, et je savais où commencer. Rien ne débordait.

J’ai appris à placer mes mains plus bas, à garder mes épaules au-dessus des hanches, et à ne pas crisper le poignet quand je tenais le bâton. Le moniteur m’a fait travailler la distance de sécurité à 9 mètres avant toute approche. J’ai aussi compris un truc que beaucoup ratent, le regard compte presque autant que les jambes. Si je fixe trop le taureau, je me raidis. Si je l’observe de loin, je respire mieux.

Ce cadre m’a donné une sensation nette de progrès. Au bout de 12 minutes, je savais déjà mieux où mettre mes mains et comment relâcher mes épaules. J’ai arrêté de me battre contre chaque mouvement du cheval. J’ai même réussi à enchaîner 3 passages sans serrer les mollets comme une forcenée.

L’école est moins brute, et je le sens tout de suite. Il y a moins d’adrénaline, moins de poussière qui vole, moins de surprise au coin du champ. J’ai par moments trouvé ça trop cadré, presque trop propre pour me faire vibrer. Mais j’ai aussi arrêté de monter avec la peur au ventre. Et ça, pour apprendre, ça change tout.

À qui je la conseille, et à qui je la déconseille

Pour qui oui

Je recommande l’école équestre à une cavalière débutante qui a déjà 1 ou 2 cours par mois, un budget de 32 euros la séance, et aucune envie de se faire secouer pour le décor. Je la recommande aussi à un parent qui veut faire découvrir la Camargue à un ado de 13 ans sans lui coller une grosse frayeur dès la première montée. Enfin, je la trouve plus juste pour quelqu’un qui monte depuis 3 ans en club et qui cherche un cadre propre pour progresser.

Je garde aussi la manade pour un profil précis. Un cavalier déjà solide, qui accepte de perdre un peu de confort et qui aime les réactions vives, peut y trouver son compte. Je pense à quelqu’un qui a déjà fait plusieurs sorties en extérieur, qui ne panique pas quand un cheval se décale, et qui veut sentir la Camargue de l’intérieur. Pour cette personne-là, la manade a du sens.

Pour qui non

Je déconseille la manade à un vrai débutant qui n’a jamais tenu des rênes plus de 5 minutes. Je la déconseille aussi à un parent qui cherche une sortie calme pour un enfant de 8 ans, parce que la gestion du risque prend vite toute la place. Et je la déconseille à quelqu’un qui monte pour apprendre sans stress, parce que l’imprévu prend ici trop de place.

Je ne la conseille pas non plus à une personne qui cherche un cadre très balisé, avec des consignes répétées et un rythme posé. Pour moi, la manade reste un terrain réservé à ceux qui savent anticiper l’imprévisible, pas à ceux qui veulent juste apprendre à monter sans pression. Si je devais recommencer, je passerais d’abord par un stage mixte, puis par 1 ou 2 séances en école, avant de retourner vers le troupeau. J’ai aussi trouvé utile de regarder des visites de manade en amont, juste pour savoir où je mettais les pieds.

Mon verdict : je choisis l’école équestre, surtout l’École d’Équitation Camarguaise, parce que j’aime apprendre sans sentir la peur me couper les jambes. La manade, je la garde pour quelqu’un qui accepte de perdre du confort, qui a déjà des bases et qui cherche une vraie montée d’adrénaline. Pour moi, c’est non pour apprendre sereinement, et oui pour une expérience plus dure, plus vive, plus exposée.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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