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Monter un Camargue pour la première fois et sentir la différence avec un selle-Français : mon expérience au quotidien

mai 09, 2026
Rider mounts a Camargue horse for the first time, feeling the difference with a Selle Français horse

La première fois que j'ai posé ma selle sur le dos du Camargue, c'était comme toucher une roche vivante. Cette chair dense et solide sous mes doigts tranchait net avec la finesse fluide que je connaissais sur mon Selle Français. J'ai tout de suite ressenti un poids différent, presque un appui plus bas, plus horizontal. Le trot n'avait pas ce rebond naturel auquel je m'attendais, il glissait presque. Ce changement a bouleversé mes repères, mon équilibre et la façon dont je percevais le cheval. Pendant plusieurs semaines, j'ai dû réapprendre à m'asseoir, à sentir, parfois à lutter avec ma vieille technique. Je raconte ici ce parcours, entre surprises, erreurs et petits déclics, à travers le quotidien avec ce cheval rustique et attachant.

Au départ, je ne savais pas à quoi m’attendre avec ce cheval si trapu

À mon cinquième année d'équitation amateur, j'étais bien rodée avec le Selle Français. J'avais pris l'habitude de monter deux à trois fois par semaine, souvent seule, sans encadrement intensif. Mon budget était serré, autour de 100 € mensuels pour soins et matériel. Je n'avais jamais eu l'occasion de sortir de cette race, même si j'avais toujours été curieuse des chevaux rustiques, plus proches de la nature. Monter un Camargue représentait un pari personnel, une envie de découvrir autre chose, de sentir une base plus solide, plus stable. Ce choix s'est aussi fait sous l'influence d'amis passionnés qui ne juraient que par cette race pour le travail à pied et les balades dans des terrains accidentés.

J'avais lu pas mal de choses sur le Camargue : on le décrivait comme un cheval petit, trapu, parfois qualifié de « pataud ». Ces clichés me faisaient un peu douter. Pourtant, l'image qui revenait souvent était celle d'un cheval rustique, avec une démarche posée et une solidité rassurante. J'imaginais une monture moins élancée que le Selle Français, mais capable de m'offrir une connexion plus directe, plus terre à terre. Je m'attendais à devoir m'adapter, mais je pensais que l'central serait là : un cheval fiable, patient, et stable, même si un peu moins vif sur le terrain.

Au fond, ce qui m'attirait, c'était cette idée d'une autre expérience sensorielle : sentir sous ma main une musculature plus dense, un port différent, une démarche plus tranquille. Je pensais que ça pourrait compléter mon approche habituelle. Mais je ne savais pas encore à quel point cette morphologie trapue allait bousculer mes habitudes. Je n'avais pas anticipé que le cheval me demanderait, dès la première monte, une remise en question complète de mon assiette et de mon équilibre. Ce manque de préparation allait me coûter quelques erreurs qui me sont restées en mémoire.

Les premiers pas sur son dos ont été un choc sensoriel inattendu

Je me rappelle encore de la première fois que j'ai posé le pied dans l'étrier pour grimper sur ce Camargue. La texture de son dos m'a surprise immédiatement. Ce n'était pas la peau fine et la musculature élancée du Selle Français. Sous mes doigts, la chair paraissait presque compacte, dense, comme un tissu solide et rugueux. La largeur de son dos m’a donné une impression de robustesse brute, presque rustique. J'avais l'impression que cette masse charnue allait m’engloutir, loin de la finesse à laquelle j'étais habituée.

La morphologie trapue se traduisait aussi par une carrure plus basse et large. Cette croupe, plus basse que ce que je connaissais, modifiait la répartition de mon poids. Au premier pas, j’ai senti que je devais chercher un nouvel équilibre. Ce n’était pas fluide, ni aérien. Au trot, la surprise a été plus grande encore. Il n’y avait pas du tout ce rebond sautillant que le Selle Français m’offrait. Ici, le mouvement était posé, presque en glissement, comme si le cheval portait son poids différemment, avec une démarche plus amplexante. J’ai dû lutter pour ne pas me figer, tenter d’intégrer cette absence de rebond, ce qui m’a donné une sensation d’instabilité.

Mes premières tentatives au trot ont vite révélé un problème. Ma selle, conçue pour un Selle Français, glissait souvent. Je sentais mon assise vaciller, avec cette impression d’être en déséquilibre. Au bout de vingt minutes, une douleur vive au garrot est apparue. J’ai ignoré ce signal au début, persuadée que c’était juste un manque d’habitude. Mais la gêne est revenue à chaque séance, accompagnée d’un déplacement fréquent de la selle, qui gênait visiblement le cheval. Ses oreilles se couchaient souvent, signe clair qu’il n’était pas à l’aise. Je n’ai pas compris tout de suite que ma technique de siège, calquée sur le Selle Français, ne passait pas ici.

Un détail technique m’a marquée : la « mise en charge » de la croupe. Avec son encolure épaisse et son dos court et large, le Camargue impose une poussée plus basse et horizontale sous le cavalier. C’est une sensation nouvelle, presque déroutante. La pression musculaire que j’ai ressentie obligeait à un ajustement de mon assiette. Je sentais que je devais m’ancrer autrement, que mes appuis n’étaient plus aux bons endroits. Je ne savais pas encore comment m’y prendre, et cette impression d’ovalisation progressive de la selle sur le dos ne m’aidait pas. Ces premiers pas ont été un vrai choc, sensoriel et technique.

Au fil des semaines, j’ai dû repenser complètement mon équilibre et mon contact

Le tournant est survenu un jour où je trottais enlevé sur le Camargue. J’ai senti que l’amplitude et la fréquence de ses foulées ne correspondaient pas à ce que j’avais l’habitude d’avoir avec le Selle Français. Mon équilibre s’est retrouvé décalé, j’ai eu du mal à garder la fluidité. Ce moment précis m’a obligée à revoir ma position. J’ai compris que je ne pouvais pas simplement transférer mes habitudes sans adaptation. Le centre de gravité du cheval était différent, et ma manière de me placer aussi devait changer.

Pour gagner en stabilité, j’ai modifié plusieurs détails techniques. Je me suis installée avec une assise plus profonde, ce qui me permettait de mieux sentir les déplacements du cheval. J’ai aussi fléchi davantage les genoux, ce qui a libéré la tension dans les jambes. Enfin, j’ai appris à relâcher mes lombaires. Ce relâchement a réduit la fatigue musculaire et m’a aidée à mieux accompagner le mouvement posé du Camargue. Ces micro-changements ont rendu les séances plus confortables, même si l’adaptation a demandé du temps.

Un autre point technique a fini par s’imposer : la selle. J’ai réalisé que la mienne, conçue pour un Selle Français, n’était pas adaptée. Le dos court et large du Camargue nécessite une selle avec un arçon plus large et une gouttière spécifique pour éviter les points de pression. Ce constat m’a amenée à investir entre 700 et 1500 euros pour une selle adaptée. C’était un budget que je n’avais pas prévu, mais indispensable pour le confort du cheval et le mien. Ça a vraiment changé la donne. La selle ne glissait plus, et je sentais que le cheval bougeait plus librement.

Au quotidien, quelques surprises s’ajoutaient. Par exemple, j’ai remarqué un léger grincement au niveau de ses articulations en début de séance. Au début, j’ai pensé que c’était un signe d’usure ou de vieillissement, mais on m’a expliqué que c’était une raideur musculaire typique des Camargue. Ça m’a poussée à augmenter la durée de l’échauffement. Il fallait vraiment prendre le temps, cinq à dix minutes et puis que d’habitude, pour qu’il soit à l’aise. Cette patience était nouvelle pour moi, mais a fait toute la différence dans la qualité de nos séances.

Aujourd’hui, avec du recul, voici ce que je sais et ce que je referais ou pas

Avec le recul, je comprends mieux l’impact de la morphologie rustique du Camargue sur la sensation sous la selle. Cette chair dense, presque minérale, offre une assise stable et rassurante. La démarche posée, moins sautillante que le Selle Français, change complètement le ressenti du cavalier. Ce n’est pas un cheval de vitesse ou d’amplitude, mais un partenaire solide qui porte différemment. Cette différence modifie la relation physique, presque tactile, et oblige à une écoute fine de chaque mouvement.

Si je devais recommencer, je prendrais tout de suite le temps d’adapter ma selle. Ignorer ce point m’a coûté plusieurs séances inconfortables et un petit stress chez le cheval. J’apprendrais aussi à écouter plus vite les signaux de douleur, comme la gêne au garrot ou les déplacements de la selle. Accepter la lenteur d’adaptation est vital : je n’ai pas essayé de forcer les choses, mais j’aurais gagné à être plus patiente dès le départ. Je privilégierais aussi davantage le travail à pied et les exercices d’équilibre, qui facilitent la connexion avant même de monter.

Par contre, je ne referais pas l’erreur de tenter de monter comme sur un Selle Français sans ajustement. Persister dans cette technique m’a conduite à une ovalisation progressive de la selle et à un inconfort pour le cheval. Je ne négligerais plus non plus l’échauffement, même s’il rallonge la séance. Sous-estimer la différence de centre de gravité du Camargue est une erreur qui m’a coûté en stabilité et en confiance.

Selon les profils, le Camargue peut être une belle découverte sensorielle pour ceux qui cherchent une assise stable et un cheval proche de la nature. En revanche, pour un cavalier qui aime la vitesse ou les allures amples, il peut poser problème. Des alternatives existent : des chevaux rustiques avec une démarche plus souple, ou rester sur du Selle Français pour la rapidité et la finesse. Tout dépend de ce que l'on cherche à vivre avec son cheval.

Sentir sous mes doigts cette densité presque minérale du dos du Camargue m’a fait réaliser que le cheval, c’est aussi une matière vivante à apprivoiser, pas seulement un partenaire de sport. Cette expérience m’a poussée à repenser mon approche, à abandonner mes automatismes et à écouter davantage. Ce n’est pas qu’une question de techniques, mais de ressenti, de patience et de respect mutuel.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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