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J’ai testé 3 jours de randonnée entre étangs et mer en camargue : ce que mes chevaux et leur matériel ont vraiment tenu

avril 26, 2026
Randonnée équestre de 3 jours entre étangs et mer en Camargue, chevaux et matériel en pleine nature

Dès que mon cheval a enfoncé ses sabots dans la boue marécageuse, j’ai senti cette texture molle qui m’a glacée le sang. La gélification du sabot, ce phénomène dont j’avais entendu parler, s’est imposée là, sous mes yeux, dès la première traversée. Pendant trois jours, j’ai suivi des sentiers entre étangs d’eau douce et plages salées, alternant paysages apaisants et conditions physiques exigeantes. Mon but ? Tester la résistance de mes chevaux camarguais et leur matériel face à ces terrains spécifiques. J’ai noté chaque détail, des sabots au matériel, pour comprendre ce qui tient vraiment et ce qui lâche vite. Ce récit est le fruit de ces heures passées sur le dos de mes chevaux, sans filtre ni concession.

Comment j’ai organisé cette randonnée et préparé mes chevaux

J’ai choisi un parcours de trois jours avec des étapes quotidiennes de 25 à 30 kilomètres, histoire de ne pas trop pousser mes chevaux mais assez pour observer les effets du terrain sur leur endurance. Chaque étape mêlait sentiers sablonneux, zones marécageuses et passages sur la plage, ce qui m’a permis de mesurer la réaction des sabots et des ferrures dans des milieux très variés. La météo était capricieuse : alternance de soleil et d’ombre, avec quelques rafales de vent qui rafraîchissaient l’air, ce qui a aussi influencé la fatigue musculaire. Ce protocole précis m’a offert un cadre réel pour évaluer les limites du matériel et de mes montures.

Pour le matériel, j’ai fait simple et classique. Mes chevaux sont des Camarguais, robustes et habitués à ce type de terrain. Je leur ai mis des fers classiques, cloués à la main, sans traitement spécial, histoire de mesurer leur tenue en conditions réelles. Question équipement, j’ai pris la selle mixte usée de 2010, bien rodée mais pas neuve, assortie à des sacoches légères. Le pansage a été soigné chaque soir, avec un traitement des sabots à l’huile à base de térébenthine pour tenter de limiter le ramollissement, même si je savais que ça ne suffisait pas forcément. Ce choix de matériel reflétait mon budget serré et mon envie de ne pas tricher avec la réalité.

Mes objectifs techniques étaient clairs : d’abord, mesurer la résistance des sabots à la gélification, ce ramollissement excessif que plusieurs cavaliers m’avaient signalé après passage dans des zones marécageuses. Ensuite, vérifier si les ferrures tenaient face à l’abrasion du sable humide, qui a tendance à desserrer les clous. Je voulais aussi observer la fatigue musculaire, surtout liée au passage dans le sable mouillé et les différences de température entre ombre et soleil. Enfin, repérer les signes avant-coureurs de problèmes, comme le fameux cliquetis au trot ou la texture molle des sabots, pour voir à quel moment il fallait agir.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas comme prévu

La traversée de la première zone marécageuse a été un choc. Sous les sabots, je sentais cette texture molle, presque gélifiée, qui faisait craindre le pire. J’ai posé la main pour toucher la sole de mon cheval, et elle était visiblement ramollie, bien loin de la dureté attendue. Ce contact m’a alertée : la résistance des sabots allait être mise à rude épreuve, et je craignais déjà les crevasses douloureuses dont j’avais entendu parler. Mes doutes se sont confirmés quand j’ai vu de petites fissures invisibles avant la balade, nettement marquées après quelques kilomètres.

Quelques heures plus tard, au trot sur une piste sableuse, un bruit m’a figée. Ce cliquetis léger au trot sur le sable fin m’a glacé le sang, car il annonçait clairement que l’un des fers commençait à lâcher. Je me suis arrêtée net, j’ai inspecté la ferrure et constaté le début d’un délaminage, avec un clou qui bougeait. Ce détail, que j’avais vaguement sous-estimé, a tout changé. J’ai compris que si je ne réagissais pas, je risquais la perte d’un fer, ce qui aurait compromis la suite de la randonnée.

Face à cette situation, j’ai dû modifier mon rythme. J’ai ralenti le trot, privilégiant un pas plus sûr, plus posé. Ma posture à cheval s’est adaptée, je me suis redressée pour limiter la pression sur les sabots fragilisés. J’ai fait plusieurs pauses pour permettre aux chevaux de souffler et inspecter leurs pieds. Ce changement a freiné la progression, mais je sentais que je n’avais pas le choix. La vigilance est devenue mon maître mot, car chaque foulée risquait d’aggraver la situation.

Le moment de doute a été intense. J’ai hésité à poursuivre, pesant le risque de blessure contre la volonté d’aller au bout du parcours. J’ai pris une pause plus longue, analysant rapidement les risques. Puis j’ai choisi de continuer, en ajustant la vigilance au maximum. La décision n’a pas été facile, mais j’ai senti que mes chevaux pouvaient encore tenir, à condition de ne pas pousser trop loin. Cette journée a marqué un tournant. J’ai compris qu’il fallait être prête à revoir ses plans face aux imprévus du terrain.

Trois jours plus tard, ce que j’ai vraiment mesuré sur mes chevaux et leur matériel

Au soir du troisième jour, en nettoyant les sabots, j’ai découvert une pellicule molle et translucide que je n’avais jamais vue, signe évident de gélification avancée. La texture de la sole était ramollie, presque gélifiée au toucher, et plusieurs micro-fissures apparaissaient, invisibles avant la randonnée. Cette gélification rendait les pieds sensibles, avec une sensibilité accrue lorsqu’on appuyait sur certaines zones. J’ai comparé avec l’état initial, plus dur et sec, et la différence était nette. Cette observation m’a convaincue que le mélange d’eau douce stagnante et d’eau salée avait un effet cumulatif sur la ramollissement du sabot.

Les ferrures n’ont pas été épargnées. Sur six fers, deux présentaient un délaminage clair, avec des clous desserrés et une abrasion visible due au sable humide, particulièrement sur les bords. Le sable fin et mouillé a agi comme un abrasif, usant rapidement les clous. Par chance, aucun fer n’était complètement tombé, mais j’ai noté que ces deux fers fragilisés auraient pu entraîner une perte rapide sans intervention. Les protections choisies n’ont pas empêché ces effets, même si elles ont limité l’usure sur les autres fers.

La fatigue musculaire a été un autre point marquant. J’ai observé une raideur progressive dans les postérieurs, notamment après les passages répétés dans le sable mouillé. Le changement brusque de température entre les zones ombragées des roseaux et les espaces ensoleillés a accentué ce grippage musculaire. Mes chevaux semblaient avoir du mal à récupérer complètement le soir, et j’ai dû allonger les pauses. La récupération a pris plus de 48 heures, alors que je m’attendais à un retour à la normale plus rapide.

J’ai aussi rencontré des surprises inattendues. Sur les fanons, une fine pellicule blanche de cristallisation saline s’était formée, résultat de l’exposition prolongée à la brise marine. Cette pellicule nécessitait un nettoyage minutieux pour éviter les irritations cutanées. Le matériel lui-même, notamment les sacoches, portait une odeur caractéristique de mer et de roseaux humides, imprégnant les cuirs et tissus. Ce détail olfactif, bien que mineur, témoignait du contact intense avec cet environnement particulier.

Mon verdict factuel après ces 3 jours entre étangs et mer

Au final, ce qui a vraiment tenu, ce sont les chevaux camarguais eux-mêmes. Leur robustesse face à la gélification m’a surprise, car malgré la texture molle des sabots, ils ont continué à avancer sans boiterie majeure. Les ferrures classiques ont résisté sur une bonne moitié, même si deux fers montraient des signes de faiblesse. Les pauses régulières et les soins quotidiens, notamment le pansage et le traitement à l’huile de térébenthine, ont contribué à limiter les dégâts et à soutenir la récupération. La combinaison des facteurs a permis d’aller jusqu’au bout du parcours.

J’ai aussi identifié des limites et erreurs à ne pas reproduire. J’ai clairement sous-estimé l’impact du mélange eau douce et eau salée sur la gélification, ce qui a fragilisé les sabots plus vite que prévu. Ignorer le cliquetis léger au trot sur le sable a failli coûter un fer, et j’ai compris l’importance d’une inspection rigoureuse à chaque pause. Le protocole de soin, notamment le séchage et l’application d’huile, s’est avéré insuffisant pour empêcher la gélification avancée. Ces points m’ont poussée à revoir ma préparation pour la prochaine fois.

Cette randonnée et ce matériel conviennent surtout à des cavaliers ayant une expérience moyenne à avancée, capables d’adapter leur rythme et leur vigilance en fonction des conditions. Les chevaux doivent être habitués aux terrains variés et au contact fréquent avec le sable humide. Quant au matériel, des équipements renforcés, notamment des fers anti-abrasion adaptés au sable, seraient à envisager. Pour ceux qui veulent tenter l’aventure, des alternatives comme les chaussures synthétiques ou des soins spécifiques du sabot pourraient limiter les risques, mais je n’ai pas encore testé ces options.

écrit par

Brenda Bellan

Brenda Bellan publie sur le magazine Brenda Tourisme Équestre des contenus consacrés à l’équitation, à la compréhension du cheval, aux soins du quotidien et à la progression du cavalier. Son approche repose sur des repères clairs, une présentation structurée des sujets et une volonté de rendre la pratique plus lisible et plus accessible.

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